2020 - 2021 (en cours)

Il faut parcourir une quinzaine de kilomètres depuis la ville pour arriver ici, une seule route pour venir et repartir. Coincé entre les levées de deux cours d'eau, on surnomme cet endroit "Le Bout du Monde", en écho à ce côté sans issue et presque insulaire. La zone s'étire sur quelques kilomètres jusqu'à la rencontre de la rivière et du fleuve, qui poursuit ensuite son cours jusqu'à l'océan. Monter sur le pont de chemin de fer pour observer la confluence est un rituel local. De là on regarde le grand couloir des flots en imaginant l'océan au loin, et en se concentrant un peu, on pourrait presque sentir dans le fond de l'air une légère note iodée. A moins que ce ne soit seulement les effluves de vase séchée des rives sablonneuses du fleuve. J'éprouvais toujours une certaine crainte en me promenant sur ces rives, jetant naïvement des bâtons devant mes pieds pour m'assurer de la praticabilité du sol.  On a entendu beaucoup d'histoires sur le fleuve sauvage, de gens qu'on aurait vu disparaitre dans un tourbillon ou un sable mouvant.

Il y a plusieurs années je partais vivre loin de ces lieux où j'ai grandi et qui ont été le décor de mes premières explorations photographiques, pour son opposé. Un nouveau territoire à explorer et à s'approprier. Les langues de sable et les plaines ont fait place à des collines argileuses et des forêts denses. Un lieu encore reculé et sans issue. On s'enfonce dans de vieux bois de feuillus et en prenant un peu de hauteur on contemple l'horizon qui se déroule dans un fondu enchainé de vallées et de forêts, et plus le regard se porte loin, plus le relief s'intensifie. Certains jours ont peut même apercevoir la 'vraie' montagne et ses sommets toujours immaculés. Et la rivière, même si elle s'est éloignée est toujours là.

Cette série est une tentative de réunification de ces lieux. Paysage hybride et mental, métaphorique